28.10.2008

La chambre de Jacob

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Couverture de la nouvelle édition parue en février 2008



Je viens de relire La chambre de Jacob, dans sa magnifique édition 2008

de la collection « La Cosmopolite » aux éditions Stock.


Ce sont 280 pages de bonheur tant l’écriture de Virginia est un enchantement,

une sorte d’envoutement poétique et pourtant le thème principal du livre est

fondamentalement dramatique : l’absence.


Virginia évoque la mort sans en parler.

la Première Guerre mondiale constitue la toile de fond tragique d’une recherche, d’une

reconstitution désespérée.

Une mère survivante et son fils qui est parti.


Virginia avait été sérieusement ébranlée par la perte soudaine de Thoby, son jeune

frère, mort très jeune, en 1906, d’une typhoïde.

C’est ce manque là qu’elle exprime, qu’elle montre à travers les larmes silencieuses

de Betty Flanders.


La chambre de Jacob est marquée du chiffre Trois.


C’est le troisième roman de Virginia Woolf, après The Voyage out et Nuit et jour.


Elle le publiera en 1922, trois ans après Night and day (1919) et trois ans avant

Mrs Dalloway qui sortira en 1925.


Et enfin, à ma connaissance, c’est le seul roman de Mrs Woolf qui a eu l’honneur de

trois traductions différentes en français :


L’édition de 1942 chez Stock était une traduction de Jean Talva.

C’est la version qui figure dans le premier tome de L’Œuvre Romanesque édité par

Stock, en 1973, avec une présentation de Max-Pol Fouchet et une préface de Diane

de Margerie.


C’est Magali Merle qui avait traduit l’édition 1993 de la Librairie Générale Française.

Cette deuxième traduction a fait l’objet d’une réédition en 2005 dans la collection

«biblio» du Livre de Poche, avec en couverture un très beau tableau d’Harry Watson :

« Homme assis sur un rocher et fumant la pipe »


Et c’est Agnès Desarthe, une éminente spécialiste Woolfienne qui a traduit l’édition

de 2008 chez Stock.


La chambre de Jacob est une œuvre étrange, comme une inspiration surréaliste

interprétée par un pinceau impressionniste.

C’est un récit, une situation qui est d’une délicatesse exceptionnelle comme si la plume

de Virginia en les effleurant n’avait fait que caresser les feuilles.



Cet ouvrage, publié en 1922 comme l’Ulysse de Joyce, est le premier grand roman

expérimental de Virginia Woolf, notamment par le morcèlement du récit et par une

composition extrêmement novatrice.


Encore !


Dimanche 19 octobre 2008

15.10.2008

The Voyage out

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Cover of the first edition of Virginia Woolf's The Voyage Out,
Duckworth & Co., London, 1915.



Il s’agit d’un roman unique dans l’œuvre de Virginia,

pour plein de raisons :


1° Elle a travaillé dessus pendant très longtemps.

Plus de douze années, de 1908 à 1920,

et onze versions différentes dont Melymbrosia (1912).


2° Pour les amoureux officiels de Madame Woolf,

c’est son premier livre, en tout cas le premier

qui sera publié en 1915 en Angleterre.


3° C’est un de mes trois livres préférés avec

Mrs Dalloway et To the Lighthouse.


4° D’après les spécialistes (nombreux)

The Voyage out est le seul roman

que Virginia a écrit au fil des mots

sans idée bien définie du résultat attendu.

C’est également le seul qu’elle a écrit

en sollicitant régulièrement l’avis de ses amis

pendant la période d’écriture.


5° C’est un livre dont le titre est une merveille,

malheureusement intraduisible : le voyage hors de

ou le voyage dehors ou…


6° C’est à ma connaissance, le seul livre

publié de son vivant qu’elle n’a pas édité elle-même

à la Hogarth Press.

En effet, The Voyage out sera publié au Royaume-Uni en 1915

par son demi-frère l'éditeur Gerald Duckworth,

celui-là même qui l’avait violé lorsqu’elle avait six ans.

Le livre sera ensuite édité aux États-Unis, par Doran, en 1920.


7° La naissance de Mrs Dalloway.

Dans The Voyage out, on voit apparaître Clarissa Dalloway, qui sera par la suite

le personnage central du roman Mrs Dalloway.


8° Dite 33

Virginia avait 33 ans en 1915 lorsque fut édité son premier roman.

Il faudra encore attendre 33 ans pour qu’il soit publié en France, en 1948, sept années

après le décès de l’écrivaine.


9° C’est un roman qui possède deux versions concurrentes en langue française

- La Traversée des apparences. C’est la traduction de Ludmila Savitzky, publiée en 1948

aux éditions « Le cahier gris » avec une préface de Max-Pol Fouchet.

Cette version fut rééditée en 1982, puis en 1985 chez Flammarion,

avec cette fois-ci une préface de Viviane Forrester.

Cette version est toujours disponible en format de poche.


- Croisière. C’est la traduction d’Armel Guerne chez Robert Marin, parue en 1952

qui est aujourd’hui épuisée et dont on peut encore trouver des exemplaires

d’occasion en bon état.

Pour une raison que j’ignore, peut être éditoriale, cette deuxième version

est relativement ignorée par les Woolfistes officiels…


10° C’est un magnifique roman, de facture classique mais très anglais et déjà très

Woolfien, avec des thèmes chers à Virginia : la satire sociale, le personnage central

est une femme (Rachel Vinrace), la mer, l’introspection et la découverte de soi,

le voyage et la mort.




Jeudi 2 octobre 2008

30.09.2008

Melymbrosia

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L’écriture de The Voyage Out

s’étend de 1908 à 1920

avec une première publication en Angleterre en 1915.

La première des onze versions successives

date de 1908 et il n’en reste presque rien.

La deuxième version est entièrement perdue

mais la troisième élaborée de 1910 à 1912

sera publiée à New York en 1982

sous le titre de Melymbrosia.


Virginia Woolf avait donc 30 ans lorsqu’elle acheva

cette version dont l’original est détenu par la

Berg Collection of English and American Littérature

de la New York Public Library.

Curieusement, ce livre qui est d’une certaine façon

le premier livre écrit par Virginia est le dernier

que je me suis procuré. *


Il faut dire que de ce coté de l’Atlantique,

on ne parle guère de Melymbrosia,

qui à ma connaissance, n’a jamais été

traduit en Français.

Ce qui est curieux car « Le livre sans nom »

qui est une sorte d’esquisse du roman « Années »

a été traduit en français et quand on est arrivé au bout,

de ces « Pargiter » là, on se demande

si c’était vraiment indispensable…


Pour en revenir à Melymbrosia, il semble

qu’on trouve partout la même version

américaine éditée par Cleis Press,

établie et préfacée par Louise DeSalvo.

En fait comme un certain nombre de pages sont manquantes,

et pour respecter la cohérence du récit, les vides ont été comblés

en faisant appel aux versions ultérieures du Voyage Out.


C’est un beau volume de 350 pages qui coute environ 25$.

Sur un site de livres d’occasion, il est possible de se procurer

un exemplaire de 2002 (à 16,95 $) en état neuf, vendu 1$ plus 9 € de frais de port.


Pour Associated Press, Melymbrosia est : « a remarkably fresh read “

pour Library Journal : “The earliest work of one of the great writers of the 20th century”

Virginia tu es la meilleure !


* Pendant longtemps j’ai cru qu’il s’agissait d’une petite nouvelle sans importance…
Je m’étais laissé abuser par le titre : Melymbrosia, a novel by Virginia Woolf !!!
Bien sûr mes chères Watsonnes, en anglais a novel c’est un roman et a short story
c’est une nouvelle…

Mardi 30 septembre 2008